La construction écologique en Guyane !

La construction cologique en Guyane
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Réglementation

Quelques questions de la revue Systèmes Solaires

La revue Systèmes solaires s'est intéressée à la nouvelle réglementation thermique spécifiques aux DOM.
Lors de sa sortie, en Avril 2009, la revue nous a posé quelques questions.
Voici les réponses que nous leurs avons fournies :

1 : Que pensez-vous de la réglementation thermique spécifique aux DOM établie par le décret n° 2009-424 du 17 avril 2009 et l'arrêté correspondant ? Est-ce bien la première réglementation thermique pour les DOM ? Vous attendiez-vous à ce que ce texte intègre l'obligation d'installation de chauffe-eau solaires pour les logements neufs ? Quand va-t-elle être mise en place ?

Attendue depuis une bonne dizaine d’années, l’annonce de cette première réglementation spécifique aux DOM est évidemment une bonne nouvelle.
Cela dit, comme tous les décrets et arrêtés relatifs aux secteurs du bâtiment et de l’énergie, elle n’est pas à la hauteur des enjeux et de la révolution énergétique nécessaire pour pallier aux effets du réchauffement climatique. Il s’agit ici de mettre en place une voiture balaie, c'est-à-dire mettre en place des performances minimum pour la construction neuve. Les objectifs sont sensiblement inférieurs à ceux d’Ecodom qui est un label mis en place il y a près de 15 ans en Guyane pour le logement. Cette réglementation n’est donc en rien révolutionnaire car les performances qu’elle impose restent relativement basses.
Elle reste toutefois intéressante dans le sens ou elle est obligatoire. C’est un premier pas, encourageant, et ce, plus particulièrement dans le contexte énergétique spécifique des DOM même si l’on aurait pu espérer mieux et plus complet en terme de performance sur certains points.

A leur manière, ces territoires contribuent notablement au réchauffement climatique, et voient leur impact augmenter progressivement par les nombreuses nouvelles constructions, souvent inadaptées au climat local, par des taux d’équipement en croissance et surtout le recours exponentiel à la climatisation et au chauffe-eau électrique.
Cette nouvelle réglementation devrait permettre de limiter le nombre de constructions incohérentes, avec notamment des prescriptions sur la protection contre les rayonnements solaires, trop souvent oubliée, l’isolation thermique qui a longtemps été vue comme réservée aux pays « froids » et la ventilation naturelle très souvent largement suffisante pour obtenir un bon confort sans climatisation mécanique.

Cela conduira à une réduction des consommations d’énergie, indispensable dans des départements où la production d’électricité est majoritairement de type thermique. L’intérêt sur la stabilité des réseaux électriques et sur une indépendance accrue vis-à-vis des produits pétroliers est évident.

Concernant l’eau chaude solaire, cette réglementation n’oblige pas l’installation de chauffe eau solaire dans les logements neuf, mais 50% de la production d’eau chaude doit être d’origine solaire dans les logements neuf. A la différence de la métropole et des autres DOM, l’eau chaude n’est pas obligatoire en Guyane, donc l’eau chaude solaire non plus.

Dans le cas où cette réglementation a un effet positif sur le développement de l’eau chaude solaire en Guyane, il s’agit d’une source non négligeable de réduction des consommations électriques et des émissions de CO2, qui fait suite à une longue période de généralisation des chauffe-eau électriques dans les logements alors que l’ensoleillement de ces territoires est élevé car au moins supérieur à celui du sud de la France. Ce point était assez inattendu, c’est vrai, mais tellement logique dans le contexte climatique local qu’il n’est pas si surprenant que cela.

De prime abord, cela va dans le bon sens et la date d’application, prévue pour le 20 mai 2010 devrait permettre aux différents acteurs locaux une bonne préparation à ces directives.


2 : Actuellement, sur quel pourcentage de bâtiments neufs des chauffe-eau solaires sont-ils installés en Guyane? La RT DOM va-t-elle augmenter de façon importante la quantité de chauffe-eau solaires installés ?
 
Sur ce point, la Guyane connaît un traitement particulier, et plutôt de défaveur.
Le contexte est un peu différent des autres Départements d’Outre Mer : pour des raisons climatiques (températures extérieures moins variables et un peu plus chaudes, eau froide à une température supérieure à 20°C) et des raisons plus socio-économiques, l’eau chaude n’a pas été généralisée dans toutes les constructions. La moitié des logements n’a pas de chauffe-eau, qu’il soit solaire, électrique ou au gaz. Toutefois, les nouvelles constructions ont tendance à le généraliser. C’est probablement l’une des raisons qui font que la Guyane a un « sort » différent de la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, puisqu’elle n’a aucune obligation d’installation de chauffe-eau.
De plus, la Guyane est actuellement le Département d’Outre Mer le moins équipé en chauffe-eau solaire avec moins de 2% des constructions, contre plus de 10% dans les autres départements. Toutefois, on note une forte évolution ces dernières années avec 2700 m2 installés en 2008 contre 40 m2 en 2005 ! Cette évolution est surtout due aux aides apportées par le PRME (Programme Régional pour la Maîtrise de l’Energie).

Autant, on peut supposer que le décret sera favorable au développement des chauffe-eau solaire dans les trois autres Départements d’Outre Mer, autant pour la Guyane, on peut se poser des questions.
En effet, les aides apportées par les collectivités et EDF (dans le cadre du système des certificats d’économie d’énergie) risquent de ne plus être applicables pour les constructions neuves avec l’entrée en vigueur du décret. La part du coût du CES prise en charge par les constructeurs pourra augmenter sensiblement et pourrait atteindre 100% si les aides ne perdurent pas. Compte tenu du surcoût à l’investissement que cela impliquerait, on risque de voir apparaître des logements neufs non équipés en eau chaude. Le futur locataire ou propriétaire pourra alors faire ce que bon lui semble après coup, comme aujourd’hui...


3 : Au niveau technique, y a-t-il actuellement suffisamment de techniciens pour assurer l'installation des chauffe-eau solaires ou est-ce que la RT DOM va entraîner la création de nombreux emplois dans la filière ?
 
Compte tenu de ce qui a été exposé ci-dessus, il est difficile de connaître l’évolution que va suivre la demande en chauffe-eau solaire.
Depuis 3 bonnes années, divers installateurs ont été formés pour pérenniser la filière, et diverses entreprises se sont progressivement installées.
En cas de fort développement de la filière, cela pourrait être temporairement juste mais les formations vont se poursuivre, entraînant de nouveaux acteurs dans la filière et confirmant ceux déjà présents.
Techniquement, la mise en œuvre des chauffe-eau solaires individuels est plus aisée qu’en métropole et devrait assez facilement se développer.
Pour les technologies collectives, assez peu généralisées, il y aura certainement des efforts plus conséquents à réaliser.


4 : La loi grenelle 1 prévoit par ailleurs pour les DOM que la climatisation de toutes les constructions neuves soit compensée par l’installation de systèmes solaires photovoltaïques. Quand cette loi va-t-elle être mise en place ? Que pensez-vous de cette décision ? Actuellement, sur quel pourcentage de bâtiments neufs des panneaux solaires photovoltaïques sont-ils installés en Guyane ? Cette loi va-t-elle augmenter de façon importante la quantité de panneaux PV installés ? Au niveau technique, y a-t-il actuellement suffisamment de techniciens pour assurer l'installation des panneaux PV ou est-ce que cette nouvelle réglementation va entraîner la création de nombreux emplois dans la filière ?
 
Energétiquement, cela pourrait marcher. En effet, la courbe de charge de la climatisation en Guyane suit la course du soleil. Le photovoltaïque compenserait la pointe dans la journée.
Mais c’est une décision stratégiquement très dangereuse. En effet, le tarif d’achat actuellement en vigueur du KWh photovoltaïque est financièrement intéressant. Les acteurs ne vont pas chercher des solutions pour éviter ou réduire la consommation de climatisation parce qu’au final, ils s’y retrouveront financièrement à mettre du photovoltaïque.

La climatisation est un vrai problème sur lequel l’attention n’est pas assez attirée. D’une part, c’est l’un des plus gros postes de consommation en Guyane, 25% dans les ménages, 50% dans les bureaux et plus de 75% pour le secteur hôtelier. Elle génère des consommations électriques énormes, problématiques pour les émissions de C02 et la stabilité du réseau. D’autre part, la gestion des fluides frigorigènes (1500 fois plus émetteurs en CO2 que le CO2 lui-même) est quasiment inexistante. Avec cette compensation, on pourrait négliger l’impact environnemental de la climatisation.
En revanche, l’intérêt du photovoltaïque n’est évidemment pas du tout remis en question, encore plus dans des départements où la création d’un kWh d’origine thermique génère l’équivalent de 800g de C02. Mais la première chose à faire, avant d’envisager les énergies renouvelables, reste de limiter les consommations inutiles. Et réduire l’utilisation de la climatisation doit se faire d’abord sur la construction (protection solaire, isolation, ventilation naturelle quand cela est possible).

Actuellement, assez peu de bâtiments sont équipés de systèmes photovoltaïques raccordés au réseau, mais leur croissance est relativement forte et leur mise en œuvre est gérée par des entreprises qui ne sont pas pour la plupart installées sur le territoire. Il est difficile de deviner comment vont évoluer les choses mais pour les installations importantes, on risque de rester sur le même schéma avec des projets récupérés en partie par des acteurs de Métropole, voire des Antilles.

Quoi qu’il en soit, il y a eu très peu de formation sur du photovoltaïque en site isolé et aucune pour du raccordé réseau en Guyane. Ce sont des choses à mettre en place d’autant qu’il y a de nombreux spécialistes en Guyane dans le domaine.
 
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